Je suis allé voir Mantra de Marlène Gobber à l’Auditorium de Seynod, avec l’envie de soutenir une jeune artiste, mais sans savoir précisément ce que j’allais traverser. Le solo est un exercice périlleux ; ici, il se double d’une exposition intime assumée, ce qui rend la mise à nue encore plus totale. Mantra, c’est une expérience exigeante, déroutante au départ, qui finit par embarquer.
D’emblée, le spectacle refuse toute facilité. Il n’y a pas de récit, pas de narration à laquelle se raccrocher. Le corps et la voix occupent l’espace. J’ai eu un peu de difficulté à entrer dans cet univers. Le temps semblait suspendu, étiré, comme si le spectacle m’obligeait à ralentir avant même de pouvoir regarder. Et puis, à l’invitation du titre, j’ai lâché prise et accepté cette absence de repères immédiats. Ainsi quelque chose a commencé à se déplacer. Mantra ne cherche pas à capter ; il demande une disponibilité. Une fois ce seuil franchi, je me suis laissé porter, presque malgré moi, jusqu’à la fin.
En lisant les mots de Marlène Gobber après coup — lorsqu’elle parle de peur du vide, de solitude face à l’espace, de santé mentale et physique, de corps comme lieu de soin — certaines résistances que j’avais ressenties prennent sens. La répétition devient mantra au sens littéral : une parole intérieure, un rituel, une tentative de tenir debout. En ce sens , le teaser du spectacle est révélateur de ce qui nous attend.
La danse puise ici dans une histoire personnelle assumée. Rien n’est illustratif, tout est incarné. Ce que je perçois sur scène n’est pas un discours, mais un appelle. Une nécessité de dire par le corps ce qui ne trouve pas toujours de mots.
Mantra parle aussi, en creux, de transmission et de légitimité. De cette idée que la danse n’est pas élitiste, qu’elle ne devrait pas appartenir à quelques-uns. Le spectacle ne théorise jamais frontalement ces questions, mais elles traversent le plateau, par strates, par vibrations.
Je ne dirais pas que Mantra m’a immédiatement séduit. Il m’a plutôt déplacé. Et c’est peut-être là sa plus grande force. Une expérience exigeante, intime, qui demande du temps et de l’attention, mais qui laisse une trace durable — comme un mantra que l’on continue de se réciter après coup.