On avait laissé Jan Martens avec Any Attempt Will End in Crushed Bodies and Shattered Bones. Avec Sweat Baby Sweat, je retrouve ses signatures : dépouillement, radicalité, approche conceptuelle du mouvement.
La lenteur est ici poussée à son paroxysme. Elle m’a parfois mis à l’épreuve, mais elle m’a surtout obligé à ralentir, à modifier mon regard. Le spectacle interroge frontalement notre rapport au temps, dans une société où tout va vite — trop vite.
Sur scène, peu de choses. L’espace est nu, presque ascétique. Deux interprètes, en sous vêtements ordinaires, s’engagent dans une danse lente, extrêmement précise, où chaque déplacement semble pesé, retenu, étiré. Sweat Baby Sweat fonctionne comme une suspension du temps. Rien ne cherche à accélérer le regard, rien ne vient rompre cette temporalité volontairement dilatée.
La lenteur est ici poussée à son paroxysme. Elle devient un choix esthétique radical, presque politique. Le mouvement se déploie à rebours de nos habitudes perceptives, contraignant le spectateur à ralentir lui aussi. Cette temporalité imposée peut désarçonner, voire mettre à l’épreuve la patience. Jan Martens compose une danse passionnelle qui oscille entre fusion et affrontement, un corps à corps profondément sensuel.
Jan Martens interroge frontalement notre rapport au temps, dans une société marquée par l’urgence, la vitesse, la consommation immédiate — une société “fast food”, où tout doit aller vite, trop vite. Sweat Baby Sweat agit alors comme un contrepoint, une résistance silencieuse. Le corps transpire, insiste, persiste, sans jamais céder à l’efficacité spectaculaire.
La relation entre les deux interprètes se construit dans cette lenteur extrême, faite de tensions contenues, de rapprochements progressifs, de gestes répétés jusqu’à l’épuisement. Le regard est invité à se déplacer, à observer les micro-variations, les infimes changements d’état. Rien n’est décoratif, tout est affaire de durée et d’attention.
Sweat Baby Sweat n’est pas une pièce confortable. Elle demande une disponibilité réelle, une acceptation de l’attente et de l’inconfort perceptif. Mais pour qui accepte de s’y abandonner, elle ouvre un espace de réflexion sensible, presque méditatif, sur ce que signifie prendre le temps — et sur ce que cela nous coûte aujourd’hui.