Je suis allé découvrir Daphné Kritharas en concert au Théâtre Bonlieu à Annecy, où elle présentait son dernier album, Prayers and Sins.
Dès les premières notes, j’ai eu le sentiment d’être embarqué sur les rives d’une Méditerranée plurielle, traversée par l’exil, le voyage et la mémoire des peuples. La musique de Daphné Kritharas circule librement entre la Grèce, l’Asie Mineure et les Balkans, avec toujours la mer en ligne d’horizon, symbole à la fois de séparation et de retrouvailles.
Baignée de culture franco-grecque depuis l’enfance, Daphné Kritharas porte cet héritage avec une intensité rare. Sa voix impressionne immédiatement : pure, puissante, tour à tour intimiste et déchirante. Les graves profonds, presque telluriques, répondent à des aigus clairs qui traversent la salle sans jamais forcer. Une voix nourrie de jazz et de folk, mais profondément ancrée dans les chants populaires méditerranéens.
Le concert de Daphné Kritharas se construit par contrastes. Les tempos varient, alternant moments de recueillement et élans plus festifs. Certains morceaux sont précédés de poèmes simplement récités, renforçant cette impression de rituel. À travers ces textes et ces chants, la chanteuse donne voix aux femmes de marins, aux exilés et aux anonymes dont les histoires composent une mémoire collective.
Si la tradition est omniprésente dans Prayers and Sins, la proposition reste résolument actuelle. Daphné Kritharas célèbre ce qui relie plutôt que ce qui sépare, au-delà des appartenances culturelles. Sur scène, elle est entourée de quatre musiciens remarquables : Paul Barreyre (voix, guitare et bouzouki), Pierre-Antoine Desparture (cordes), Milan Tabak (batterie) et Camille El Bacha (piano).
Une découverte scénique forte, qui s’impose comme l’un de mes coups de cœur de la saison. En voici un aperçu :