Au fil de cette saison 2025-2026, l’auditorium de Seynod semble avoir affirmé une intention claire : inviter au déplacement, à la découverte d’autres horizons culturels, d’autres récits, d’autres corps. Mamu Tshi, portrait pour Amandine s’inscrit pleinement dans cette dynamique, en proposant un voyage qui dépasse largement le simple cadre géographique.

Le spectacle nous embarque vers le Congo, à la rencontre de la danseuse de krump Mamu Tshi. Mais plus qu’un portrait au sens classique, la proposition se construit comme un espace de circulation entre les présences, les images et les mémoires. La scène n’est jamais isolée ; elle dialogue  avec la vidéo, dans un dispositif qui cherche moins à illustrer qu’à relier.

Ce va-et-vient entre le corps vivant et l’image projetée constitue l’un des points d’appui les plus sensibles du spectacle. La danse se prolonge à l’écran, l’image répond au mouvement, et l’ensemble donne le sentiment d’une volonté assumée de s’affranchir des frontières — qu’elles soient géographiques, temporelles ou formelles. La vidéo n’écrase jamais la scène ; elle l’accompagne, la complète, parfois la met à distance.

Le krump, dans toute son intensité physique et expressive, devient ici un langage à part entière. Il ne s’agit pas de démonstration, mais de présence. Mamu Tshi habite l’espace avec une force contenue, traversée par une histoire qui affleure sans jamais se livrer frontalement. Le spectacle laisse volontairement des zones d’ombre, des silences, des respirations.

Mamu Tshi, portrait pour Amandine s’appréhende alors comme une traversée plus que comme un récit. Une invitation à regarder autrement, à accepter un rapport au temps et à la narration moins linéaire. Une proposition qui prolonge le geste de programmation de l’auditorium de Seynod : ouvrir des fenêtres, déplacer les habitudes, et rappeler que le théâtre et la danse peuvent aussi être des lieux de passage.

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