Mukashi mukashi – Valentine Nagata Ramos
J’ai récemment découvert Mukashi Mukashi, de Valentin Nagata Ramos, un spectacle de danse à la fois poétique et accessible, inspiré de la célèbre légende japonaise de Tanabata, aussi connue comme la fête des étoiles. Une très belle surprise, qui mêle hip-hop, narration et imaginaire céleste. J’ai eu l’occasion de découvrir la version jeune public à l’Auditorium de Seynod, et elle fonctionne parfaitement : à la fois lisible pour les enfants et riche visuellement pour les adultes.
La fête de Tanabata
Célébrée chaque 7 juillet au Japon, la fête de Tanabata raconte l’histoire d’amour tragique entre deux étoiles : Orihime (Véga) et Hikoboshi (Altaïr). Séparés par la Voie lactée, les amants ne peuvent se retrouver qu’une seule fois par an.
C’est ce mythe universel que la chorégraphe Valentine Nagata Ramos revisite dans Mukashi Mukashi. Sur scène, trois danseurs et danseuses donnent vie à cet univers à travers une gestuelle expressive où les corps se transforment, se rapprochent et s’opposent.
La pièce s’appuie sur un travail très réussi autour des jeux d’ombre et de lumière, renforcé par une bande sonore mêlant hip-hop, percussions et influences japonaises. L’ensemble crée une atmosphère immersive, presque suspendue dans le temps.
Valentine Nagata Ramos
Valentine Nagata Ramos puise dans un double héritage culturel, entre Japon et Occident. Avant de se tourner vers la création, elle s’est illustrée comme B-girl sur la scène internationale, avec plusieurs titres majeurs à son actif (BOTY, We Bgirlz, IBE).
Elle fonde ensuite la compagnie Uzumaki en 2011 et développe un travail chorégraphique qui mêle hip-hop et écriture contemporaine.
Avec Mukashi Mukashi (créé en 2024), elle revient à ses racines en explorant les légendes japonaises sous une forme moderne. Le spectacle s’inscrit dans un diptyque : une version enfant (celle que j’ai vue) et une version adulte intitulée MukashiihsakuM, plus sombre, autour de la figure du monstre.
Une représentation lumineuse
Ce qui m’a particulièrement marqué, c’est le choix de ne pas enfermer le spectacle dans une esthétique traditionnelle japonaise. Ici, pas de costumes folkloriques : les danseurs évoluent dans un univers urbain, qui pourrait tout aussi bien exister à La Défense ou à La Villette.
La référence au Japon passe par la musique, avec des sonorités évoquant le taïko ou certains instruments traditionnels, mais toujours intégrées de manière subtile.
Visuellement, certains tableaux sont très forts. Le travail sur les ombres donne lieu à des images presque graphiques, qui m’ont parfois fait penser à du street art, avec des clins d’œil à l’univers de Banksy.
Le mélange des styles — hip-hop et krump notamment — est fluide et cohérent. On se laisse embarquer sans effort dans cette narration dansée.
Mukashi Mukashi est un spectacle de danse réussi, qui parvient à rendre accessible une légende japonaise tout en proposant une véritable expérience visuelle et sensible.
C’est à la fois poétique, moderne et intelligent dans sa manière de raconter une histoire universelle sans tomber dans le cliché. Une très belle découverte, qui donne envie de voir la version adulte pour prolonger l’expérience.