Ce que nous dit l’eau, rituel d’attachement — Floriane Facchini

Il y a des propositions artistiques qui ne peuvent pas tenir dans une salle. Ce que nous dit l’eau, projet mené par Floriane Facchini, artiste associée à l’Auditorium Seynod, en fait partie. Fruit de deux années d’enquête autour de la rivière du Chéran, cette œuvre in situ, immersive et participative propose une restitution de deux à trois heures, mêlant récits, balade, interventions d’acteurs locaux et rite culinaire — une expérience à vivre bien plus qu’un spectacle à regarder.

Un attachement à retisser

Depuis 2024, Floriane Facchini développe à Seynod ce travail singulier, où l’acte de manger devient un moyen de s’attacher à un territoire, de raconter ses histoires, de littéralement les ingérer. Avec son équipe, elle invite spectateurs, habitants, agriculteurs, pêcheurs à valoriser, goûter, cartographier et provoquer ensemble des attachements à l’eau — une ressource que l’on croit connaître, tant elle est omniprésente dans le quotidien, mais dont on mesure rarement à quel point elle nous constitue en profondeur. Le projet ne cherche pas à démontrer ou à alerter frontalement : il propose plutôt de renouer, par les sens, un rapport joyeux à ce qui est aussi une nécessité vitale.

Une traversée sensorielle

Ce qui frappe dans cette proposition, c’est sa cohérence globale : plus qu’un moment fort isolé, c’est l’ensemble du parcours qui fait sens, comme un tout organique où la balade le long du Chéran, les paroles recueillies et le rite culinaire final se répondent et se prolongent les uns les autres. On y avance en observateur, mais rarement en simple spectateur détaché : quelque chose s’y joue qui touche, presque malgré soi, à une forme de mémoire commune — celle, rappelée par le projet, de cette eau primordiale dont toute vie est issue.

L’expérience se révèle avant tout sensorielle et poétique. Plutôt qu’un discours écologique frontal, Ce que nous dit l’eau choisit le détour par le goût, le pas, le récit, pour faire naître une émotion plus diffuse, plus durable peut-être qu’une simple prise de conscience. On en ressort avec le sentiment d’avoir traversé un territoire autrement — non plus comme un décor ou une ressource, mais comme un organisme vivant auquel on appartient, qu’on le veuille ou non.

Un geste artistique nécessaire

À l’heure des sécheresses et des conflits d’usage autour de l’eau, la démarche de Floriane Facchini prend tout son sens : offrir, par l’art et par la cuisine, un espace pour repenser collectivement notre lien à cette ressource essentielle, loin des seuls enjeux économiques ou utilitaires. Ce que nous dit l’eau n’assène rien : elle donne à goûter, à marcher, à écouter — et laisse chacun reconstruire, à sa mesure, ce fil qui nous relie, en silence, à la rivière. Cette démarche nous rappelle, comme une évidence la beauté qui nous entoure au quotidien et à quel point nous devons en prendre soin.

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